Somatic Experiencing

LA SOMATIC EXPERIENCING®  https://www.youtube.com/watch?v=wv8Gydg0iyg

La SE® s’inscrit dans la lignée des travaux de Reich lorsqu’il considère que la clé du changement est la restauration d’une pulsation fluide et harmonieuse de l’organisme, en particulier au niveau du SNA. Elle enrichit ces fondamentaux de nouvelles compréhensions issues des progrès des neurosciences.

Par rapport au modèle de Reich, mettant à l’avant plan le fonctionnement de la branche sympathique du SNA et de ses expressions, les réponses de type «fuite et combat», le modèle de la SE® met plutôt en exergue l’importance des deux branches parasympathiques de ce système et de leurs expressions, l’engagement social et le figement. Ceci est dû en partie au fait que la branche parasympathique du SNA n’était à l’époque de Cannon pas directement mesurable alors que la branche sympathique l’était facilement.

La SE® va donc mettre en place les conditions pour sortir du figement afin que le client devienne, dans son fonctionnement spontané, de plus en plus capable d’engagement social et de communication (système Parasympathique Ventral) et d’établir des frontières et d’avoir une identité saine (système orthosympathique différencié) et de moins en moins dans des réponses de type « fuite et combat » vaines (système orthosympathique indifférencié) ou figé et dissocié (système Parasympathique Dorsal).

Tout en se basant sur le concept d'une unité psychosomatique, la SE® place le corps au centre d’un travail thérapeutique dit « de bas en haut » (du corps vers le psychique). Elle considère en effet que le SNA étant à l’origine du figement, c’est à ce niveau que le principal levier de changement se trouve.

En se concentrant sur les sensations physiques et physiologiques, celles-ci évoluent pour devenir des perceptions, des connaissances et des décisions. Il est cependant parfois nécessaire, surtout dans les situations complexes, de travailler « de haut en bas » (du cognitif vers le corporel), par exemple pour bloquer des croyances inhibitrices qui empêchent le  travail « de bas en haut ».

Le modèle de la SE® suggère enfin que la résolution du traumatisme ne peut se produire qu’en tenant compte de notre nature instinctuelle. Il s’agit peut-être de l’aspect le plus important car il a des implications qui dépassent largement le champ de la thérapie du traumatisme.

Dans le chapitre de son livre intitulé « L’Instinct à l’âge de la Raison », Levine (2011) souligne que notre société occidentale, arrivée au 17ème siècle au soi-disant âge de la raison (reflétée dans la célèbre maxime de Descartes : « Je pense, donc je suis »), a valorisé la  pensée au détriment des instincts considérés comme « nuisibles » et devant être réprimés. La compréhension des mécanismes du traumatisme rend évident que cette répression est non seulement inefficace mais que son « coût » est exorbitant. Il n’en a effet  résulté  qu’une spirale sans fin de violence retournée d’une part contre les autres et d’autre part contre nous- mêmes.

L’hétéro-agressivité (violence retournée contre les autres) se manifeste sous la forme bien connue de la compulsion de répétition tant au niveau individuel que social (Schittecatte, 2014a). Elle se marque par exemple dans l’explosion de la violence domestique retrouvée après toutes les guerres chez les anciens combattants.

Le retournement de nos instincts contre nous-mêmes (auto-agressivité) entraîne lui l’angoisse du sentiment de culpabilité et son cortège de conséquences psychiques et somatiques évoquées dans l’introduction.

Le modèle de résolution du traumatisme de la SE® suggère qu’il ne s’agit ni de réprimer nos instincts, ce qui n’amène qu’à les pervertir, ni d’être dirigés « aveuglément » par eux (le

« corps » n’a pas de sagesse intrinsèque et si on le laisse nous diriger il entretient le figement) mais de les guider « intelligemment » et « en conscience». Cette conscience de soi demande d’abord d’être incarnés, à savoir capables de sentir, au plus profond de nous, la réalité physique de la vie incrustée dans nos sensations corporelles à travers une expérience directe.

Selon Levine (2011) : « Les instincts ne sont pas plus importants que nos émotions et nos pensées, ils doivent travailler ensemble. La résolution du traumatisme individuel nous fait vivre cette expérience de travail « en commun » et nous met en contact avec le fait que les êtres humains possèdent virtuellement un équilibre vital entre l’instinct et la raison. A partir de là, adviennent la vie, le flux, la connexion et l’autodétermination.»

Explications et origine :

Reich établit une correspondance entre ces deux mouvements fondamentaux, expansion – contraction, et l’organisation du Système Nerveux Autonome (SNA), appelé à cette époque système végétatif. Il associe la branche parasympathique à l’expansion et la branche orthosympathique à la contraction. Il suggère que les mouvements d’expansion et de contraction se combinent à des processus de charges et de décharges énergétiques, le blocage de ce processus provoquant une « stase énergétique » conduisant à la « névrose ».

Toujours selon Reich, le processus pulsionnel normal est inhibé par des « cuirasses musculaires » bloquant les décharges, le rétablissement de la libre circulation bioénergétique nécessitant la dissolution de ces cuirasses. Il donne à sa démarche thérapeutique le nom de

« végétothérapie » pour souligner son lien avec le système végétatif.

Ce modèle thérapeutique de Reich, inspiré des travaux de Cannon (1915) sur le fonctionnement du SNA, ne prend toutefois pas compte les deux possibilités d’adaptation à l’environnement qui ne sont pas liées aux réponses de fuite et de combat engageant le  système orthosympathique, à savoir les réponses d’engagement social et de figement.

Ce modèle a donc été actualisé au plan physiologique par la Théorie Polyvagale des Emotions de Stephen Porges et au plan clinique par la SE® (Schittecatte, 2014b).

Porges (2011) a montré que le système parasympathique est constitué en réalité de deux branches, l’une dite « ventrale », plus récente dans l’évolution et liée au système limbique et l’autre dite « dorsale », plus ancienne et située dans le tronc cérébral.

  • La branche ventrale, liée au phénomène d’expansion, est à la source du comportement d’engagement social apparu avec les mammifères;
  • La branche dorsale est à l’origine du figement. Ce dernier est le résultat de l’activation simultanée de cette branche dorsale et du système orthosympathique.

Le figement se produit quand l’organisme a évalué que les réponses de type «fuite et attaque» différenciées (c’est-à-dire dirigées et relatives à la menace présente) n’allaient pas permettre sa survie. Cette évaluation, régie par le cerveau reptilien, est extrêmement rapide, de type réflexe et donc non accessible à la conscience.

Il s’agit d’un mécanisme de dernier recours qui favorise la survie, d’une part en diminuant au maximum le métabolisme et d’autre part en inhibant parfois l’attaque des prédateurs. Cet état de figement produit par ailleurs une forme d’anesthésie physique et psychologique (mécanisme de dissociation) permettant de « supporter l’insupportable ».

Dans l’état de figement le système parasympathique dorsal verrouille les énergies de type

« fuite et combat » au plus profond de l’organisme afin d’assurer momentanément sa survie. L’organisme « fait le mort », expression humaine trompeuse mais significative car, loin d’être mort, il se trouve dans une forme extrême de vie dans laquelle toutes les pulsations

«expansion – contraction» sont réduites au minimum vital. Ceci, tant pour les fonctions de base (cardiaques, respiratoires, digestives, musculaires etc.) que pour les fonctions plus élaborées telles que les émotions et les cognitions.

Ce mécanisme de figement, universel dans le monde animal, n’est fonctionnel que s’il est limité dans le temps. Lorsque le danger est passé, la levée spontanée du frein  parasympathique dorsal s’accompagne d’une décharge brutale des énergies bloquées. Elle s’exprime sous forme de tremblements et de réponses motrices de type «fuite et combat» indifférenciées c’est-à-dire non dirigées et relatives à un danger «actuel». La sortie du figement n’a donc pas à être créée par une intervention extérieure, elle est spontanée et instinctuelle.

Levine (1997) suggère que l’être humain est le seul « animal » dans l’univers à ne pas revenir systématiquement et intégralement à son état antérieur au figement de cette manière instinctuelle suite, entre autre, au développement, il y a moins de 100.000 ans, d’un cerveau cognitif, fortement inhibiteur des réactions instinctuelles.

Les énergies verrouillées ne pouvant être déchargées intégralement, elles vont être stockées dans ce que Reich avait appelé les « cuirasses musculaires ». La musculature est en effet le premier endroit où elles peuvent être stockées mais elles peuvent l’être également, si le système musculaire est insuffisant, dans les organes (principalement du système digestif) ou directement dans le système nerveux central.

Ce figement partiel va se prolonger chez l’être humain bien au-delà de la période où il est  utile provoquant toute une série de troubles psychiques (troubles anxieux posttraumatiques, névroses, dépressions, troubles de la personnalité etc.) et psychosomatiques (insomnies, certaines formes d’asthme, de migraines, de troubles digestifs, de fibromyalgie etc.). Le figement et la dissociation ne sont donc pas des états pathologiques, bien qu’ils puissent y conduire, mais des expériences humaines enracinées dans les instincts de survie. Ces instincts sont exprimés par essence sous forme de systèmes d’actions, c’est-à-dire de désirs physiques impérieux et de mouvements.

Une métaphore souvent utilisée pour ce fonctionnement du SNA est celle d’un véhicule à moteur: l’accélérateur serait le système orthosympathique, le frein à pied la branche ventrale du système parasympathique et le frein à main sa branche dorsale. Dans l’état de figement complet l’accélérateur est au plancher et le frein à main tiré. Le véhicule, à l’arrêt, est bourré d’énergie verrouillée. Dans le figement partiel, le frein à main est tiré, mais  pas complètement : la conduite est chaotique, alternant accélérations brutales et arrêts. Le véhicule souffre de ce fonctionnement. Dans la conduite normale, le frein à main est levé (il n’est tiré que dans des circonstances extrêmes et de manière momentanée) et l’accélérateur et le frein à pied permettent un parcours fluide et harmonieux.

Pour en revenir au changement, il se produit selon la SE®, quand le blocage énergétique lié au(x) figement(s) est levé et que l’organisme retrouve un fonctionnement fluide et sa pulsation originelle harmonieuse d’expansion et de contraction. Or un processus thérapeutique, quel qu’il soit, ne peut pas lever directement la réponse de figement qui est instinctuelle. Cette réaction, solidement établie depuis des millions d’années au service de notre survie, n’est pas sous contrôle volontaire et ne peut faire l’objet d’apprentissage. Par contre le processus thérapeutique peut permettre de mettre en place, de manière précautionneuse et dosée, les conditions permettant à cette réponse instinctuelle d’aller à son terme, ce terme étant la sortie du figement !

Le processus thérapeutique de la SE® comporte généralement deux phases s’appuyant sur le modèle théorique de Porges : une première phase, plus active, le praticien aide le client à mettre en place les conditions permettant de sortir du figement et une phase de résolution le praticien accompagne, en interférant le moins possible, le processus instinctuel de sortie du figement.

Ce processus de changement sera illustré par quatre situations allant de la plus simple à la  plus complexe. Elles ont dû être été simplifiées, voire caricaturées, dans un but didactique. Les lecteurs intéressés trouveront des informations plus complètes dans la bibliographie.

Illustration :

Une personne marche rapidement dans un lieu public, ne voit pas un obstacle et tombe violemment sur le sol.

Très rapidement des personnes bien intentionnées se précipitent sur elle pour la relever. Encore un peu étourdie, elle remercie ces personnes et s’éloigne en faisant « comme si rien  ne s’était passé. » Elle développe dans les jours qui suivent une anxiété diffuse avec une crainte de tomber à nouveau.

 Que s’est-il passé ? La chute a entraîné une très forte activation orthosympathique suivie d’un figement parasympathique dorsal (Schittecatte, 2014b). Les mouvements d’orientation  et de protection n’ayant pu se déployer, les énergies de survie que la chute a mobilisées pour faire face au danger n’ont pu être libérées et ont été verrouillées au niveau du système musculaire. Ceci va se manifester sous forme d’une anxiété résiduelle et d’un manque de confiance faisant que cette personne, plus ou moins consciemment, va, par exemple restreindre ses déplacements.

Le processus de changement selon la SE® est le suivant : un praticien en SE® présent sur les lieux invite les témoins à s’écarter, s’assied à côté de la personne et lui dit calmement : « Je vous invite à rester allongé; Je vais m’asseoir à côté de vous aussi longtemps que le petit état de choc que vous vivez ne s’est pas dissipé; Je suis pratiquement certain que d’ici quelques minutes vous irez beaucoup mieux ». La personne va après quelques instants s’orienter et regarder autour d’elle. Avec son autorisation le praticien met sa main sur son avant-bras et elle se met à trembler légèrement.

Elle prend une ou plusieurs profondes respiration,  peut-être  ressent  et  partage  une  émotion « J’ai eu très peur de m’être blessé sérieusement», laisse quelques larmes couler et dit : « Maintenant je suis ok ; Je peux me relever ». Elle se relève alors et ne présentera probablement aucun symptôme.

La présence calme et bienveillante du praticien a créé un climat de sécurité dans lequel la personne a pu, ressentant que le danger est passé et après s’être orientée, décharger immédiatement sous forme de légers tremblements, les énergies considérables mobilisées par l’incident. Elle a permis aussi la libération et l’expression de ses émotions.

Si le figement est plus intense, le processus de décharge peut durer plus longtemps. Pour le faciliter, le praticien peut proposer à la personne de faire des allers-retours entre ses sensations agréables et désagréables, par exemple de chaud et de froid, de présence et d’engourdissement. Les tremblements vont parfois alors se produire sous formes de vagues.

La plupart des personnes ressentent et comprennent facilement cette notion de « choc » et de décharge. Il n’y aura pas grand-chose à faire sinon de rester présent, d’accueillir et de normaliser cette expérience.

Deuxième illustration:

Une femme de 35 ans vient voir un praticien en SE® parce qu’elle a des difficultés sexuelles qu’elle attribue à une agression sexuelle vécue dans l’enfance.

 Que  s’est-il passé ?    L’agression  par  un  adulte  a  entraîné  chez  l’enfant  une  réponse de

figement qui, avec la dissociation émotionnelle qui l’accompagne, lui a permis à l’époque de

« supporter l’insupportable ». Elle a verrouillé les réponses de type « fuite et attaque » qu’elle n’a pas pu exprimer ni au moment des faits ni par la suite. Il en résulte une peur et une colère enkystée entrainant par exemple frigidité et difficultés relationnelles.

Le processus de changement selon la SE® est le suivant :

La personne, avec l’aide du praticien, est mise dans les conditions l’amenant à « renégocier » cet évènement.

Il ne s’agit en aucun cas de revivre l’évènement. Ce n’est pas l’évènement qui est aujourd’hui handicapant mais la trace qu’il a laissée sous forme d’énergie résiduelle enkystée. Le but de l’accompagnement est de permettre à cette énergie d’être libérée et pas de la verrouiller encore plus dans l’organisme!

La présence calme et bienveillante du praticien va ouvrir un espace de sécurité dans lequel la personne va pouvoir se remémorer ce qui est arrivé. Le praticien va veiller à ce que l’évènement ne soit pas revisité dans son entièreté, de manière chronologique, mais étape par étape en commençant par la moins activante. Ce processus spécifique à la SE® est nommé Titration

L’accès aux sensations évoquées par ces petits morceaux de situation remémorés conduit de manière « gérable » à des parts de l’activation bloquée qui vont pouvoir alors être déchargées, soit sous forme de tremblements soit sous forme de réponses de type « fuite et combat ». Ces réponses vont s’exprimer sous différentes formes : des sensations internes de «remise» en mouvements ; des émotions (émotions vient de ex-movere : se mettre en mouvement); des images ou des scénarios de type « fuite et combat »; des schémas moteurs plus élaborés (mouvements d’aller vers ou de s’éloigner, de retraits et de rapprochements, d’ouverture ou de fermeture, de repousser ou d’attirer, de mordre, etc.).

Parfois le praticien doit suggérer à la personne d’intégrer dans le morceau de situation remémoré une « Ressource » qui a manqué dans la situation d’origine et qui, ajoutée, permet d’accéder aux réponses de type « fuite et combat ». Dans le cas d’un abus sexuel chez un enfant cette ressource est le plus souvent la présence d’un adulte protecteur.

La SE®, comme d’autres thérapies de « l’ici et maintenant » bénéficie du fait que le cerveau reptilien, qui gère le SNA, n’a pas la notion du temps et ne fait pas la différence entre l’imaginaire et le réel.

L’énergie enkystée depuis parfois des décennies dans son corps va être progressivement libérée et la personne va, dans le meilleur des cas, retrouver sa pleine pulsation originelle d’expansion et de contraction.

Troisième illustration : une femme de 40 ans consulte un praticien parce qu’elle se sent,

depuis le décès de sa mère il y a 10 ans, « bloquée » dans sa vie professionnelle et voudrait que le thérapeute l’aide à retrouver son dynamisme antérieur. Elle exprime et ressent qu’elle devrait développer son activité professionnelle mais ne peut que constater sa procrastination. Invitée à faire une image de cette situation elle décrit une « Boule de Non » avec à l’intérieur un « Non au Non ».

 Que s’est-il passé ?  

Cette personne, vers l’âge de deux ans, a commencé à développer ses capacités d’indépendance et d’autonomie. Sa mère s’est sentie abandonnée par ce mouvement naturel vers l’indépendance et l’a bloqué en lui faisant sentir que si elle ne faisaitpas comme « elle » le voulait, elle ne l’aimerait plus. Afin de protéger sa fragile autonomisation en développement, l’enfant a feint d’accepter ce « programme » tout en « tenant bon » intérieurement afin de préserver son intégrité.

Pour ne pas perdre l’amour et la protection de son parent, vitaux à son âge, elle n’a pu que se figer, c’est-à-dire verrouiller à l’intérieur d’elle-même sa réponse de combat ainsi que l’émotion qui lui est associé : la colère.

Le processus de changement selon la SE® est le suivant :

le praticien en SE® n’ayant, contrairement au parent, aucune attente vis-à-vis de sa cliente, va accepter inconditionnellement son ambivalence. En ne soutenant aucune des deux parties de son conflit interne, il crée un climat de sécurité dans lequel elle peut renégocier, étape par étape dans la relation thérapeutique, la situation d’impasse dans laquelle elle a été mise auparavant. Elle peut notamment recontacter la colère enkystée depuis 38 ans pour lui trouver une voie d’expression et sortir du figement.

Expérimentant que cette expression ne met pas la relation, et donc sa vie, en danger, elle peut prendre conscience que son ambivalence résulte d’un combat intérieur (et plus extérieur) et agir en fonction de ce qu’elle désire personnellement et non de ce qu’elle croit qu’une autre personne (sa mère ou le praticien) désire.

Elle peut ensuite constater à quel point elle se sent régulièrement paralysée par ce type de conflit interne et renoncer à son fonctionnement en « contre-dépendance » qui la fait s’opposer systématiquement à l’autre pour marquer sa différence. Ces concepts sont plus précisément décrits dans l’ouvrage de Heller et Lapierre (2012) consacré à la guérison des traumatismes du développement.

Quatrième illustration: une femme de 55 ans vient voir un praticien pour un tableau de

fibromyalgie et de fatigue chronique. Fille d’émigrés, elle a réussi à faire, malgré une certaine opposition parentale, des études supérieures. Elle rapporte par ailleurs un abus sexuel dans l’enfance, le décès de son frère à l’adolescence, une tendance depuis l’enfance à l’obésité.

Elle se trouve disgracieuse et à ne s’aime pas. Elle n’a par exemple jamais pu se regarder dans une glace pour essayer des vêtements dans un magasin et les achète sans les essayer. Elle a

« craqué » sur un mode dépressif il y a 10 ans suite à un conflit relationnel avec un supérieur hiérarchique. Elle a développé parallèlement des douleurs chroniques qui l’ont écarté du marché du travail ce dont elle se culpabilise beaucoup.

 Que s’est-il passé ? Suite à un traumatisme de l’attachement très précoce, un enfant peut être

amenée à se figer extrêmement tôt et de manière durable. Un nourrisson et un jeune enfant ont très peu d’autres possibilités que d’utiliser le mécanisme de «dernier recours», le figement, face à un environnement inadéquat, ses réponses de type «combat et fuite» ainsi que d’engagement social pour «négocier» étant extrêmement limitées.

Cet état de figement chronique s’accompagne d’une anxiété permanente et d’un profond sentiment que c’est elle – et non pas l’environnement - qui est inadéquate. Elle se dissocie alors encore plus pour tolérer la détresse physique qu'elle éprouve ce qui va entraîner un sentiment de honte, une perte d’estime, une tendance à l’isolement et une perception du monde environnant comme menaçant. Sa résilience affaiblie va la rendre plus vulnérable à un (des) éventuel(s) traumatisme(s) ultérieur(s) et elle décompense sur un mode psychosomatique.

Le processus de changement selon la SE® est le suivant : La présence stable d’un praticien en

SE®, dans une relation thérapeutique à moyen et long terme, crée un environnement sécurisant qui permet la mise en évidence et l’exploration de son retrait relationnel.

Sa terreur de la relation, qui n’a pas totalement éteint son profond désir d’être en relation puisqu’elle vient en thérapie, peut être explorée par tous petits « morceaux », moment après moment, dans le processus thérapeutique. L’activation liée à ces touts petits « morceaux » va pouvoir ensuite être déchargée soit sous forme de tremblements soit sous les différentes formes de réponses de type «fuite et combat» évoquées à la deuxième situation.

Au fur et à mesure que la thérapie progresse, la sortie des divers figements et la levée du frein parasympathique dorsal vont remettre la personne de plus en plus en contact avec son élan vital. Ce n’est que lorsqu’elle sort du figement et de la dissociation qu’elle va s’apercevoir à quel point elle était figée, dissociée, dérégulée et déconnectée d’elle-même et des autres.

Il est souvent nécessaire, avec des systèmes physiologiques fortement désorganisés et dissociés tels que ceux à l’origine des syndromes, de travailler avec le toucher pour rétablir stabilité et cohérence. La cohérence est la propriété d'un groupe d’ondes dans lequel les oscillations restent en relation stable les unes envers les autres. Elle reflète un état d’homéostasie.

La variable la plus utile est la respiration car, dans un système sain, le rythme respiratoire est transmis dans tout le corps donnant la sensation subtile que chaque zone du corps « respire » dans un rythme coordonné au rythme respiratoire. Soutenir la restauration de la cohérence du client nécessite que le praticien accède en conscience à sa propre cohérence pour, en résonance avec son client, amener ce dernier à une plus grande cohérence.

BIBLIOGRAPHIE

Cannon WB. (1915) Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage. New York, NY:

D. Appleton & Company.

Marc, E. (2014) Fondements des psychothérapies : De Socrate aux Neurosciences. Les Approches Psychocorporelles. Paris, Dunod.

Heller, L., LaPierre, A. (2012) Healing Developmental Trauma, Berkeley : North Atlantic Books, Trad. Guérir les traumatismes développementaux, Paris, InterEditions 2015.

Levine, P. (1997) Waking the Tiger - Healing trauma, Berkeley: North Atlantic Books, Trad. Réveiller le Tigre - Guérir le Traumatisme, Paris, InterEditions, 2013.

Levine, P. (2011) In an Unspoken Voice: How the Body Releases Trauma and Restores Goodness, Berkeley: North Atlantic Books, Trad. Guérir par-delà les Mots: Comment le Corps Dissipe le Traumatisme et Restaure le Bien Etre, Paris, InterEditions 2014.

Porges, S. (2011) The Polyvagal Theory: Neurophysiological Foundations of Emotions, Attachment, Communication, Self regulation, New York : Norton.

Schittecatte, M. (2014a) Violences aux personnes : Comprendre pour prévenir. Approche de la violence et du trauma par la Somatic Experiencing®. Paris, Dunod.

Schittecatte, M. (2014b) Fondements des psychothérapies : De Socrate aux Neurosciences. Apport de la Théorie Polyvagale des Emotions de SW Porges à la Psychothérapie des Etats Dissociatifs. Paris, Dunod.